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PER, ton banquier y gagne, toi tu y PERDS

Dernière mise à jour : 4 janv.

Généralement le dernier trimestre de l'année est propice aux petits coups de fil de "bienveillance" que passent nos chers conseillers bancaires à leur clients adorés ... qu'ils snobent pourtant le restant de l'année. Double saisonnalité les concernant : la fin de l'exercice commercial qui approche, qu'il faudrait songer à conclure en beauté, et le temps fort des retardataires en matière de défiscalisation.

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Depuis 2 ans, et la mise sur orbite de la loi Pacte, la guerre commerciale sévit entre banquiers et assureurs, les uns cherchant à capter des fonds sur des produits de retraite par capitalisation démocratisée, les autres à défendre le trésor de guerre des versements passés en assurance vie, d'autant plus stratégique en ces périodes de taux bas. Je ne reviendrai pas sur les arguments de simplification avancés par le législateur qui se gargarise de passer des complexes PERP, PERCO,Art.83, Madelin (...) aux très lisibles PERI, PERECO, PERO (si si c'est par ), ... car c'est effectivement au final un peu plus simple.

Je vais plutôt apporter quelques éclairages sur la méfiance avec laquelle il faut prendre les conseils bienveillants de votre banque à ouvrir ou abonder un PERi.


Oui, ce brave petit PER revêt un intérêt indéniable en terme de défiscalisation (mais si vous m'avez suivi sur le post consacré Girardin, vous n'en aurez que faire) :


Les versements volontaires sur un PER individuel ou collectif peuvent être déduits du revenu imposable dans la limite d’un plafond établi*.


L’épargnant peut toutefois choisir de ne pas bénéficier de cette déduction fiscale (dans le cas où il aurait juste envie de bloquer son capital jusqu'à sa retraite et payer plus d'impôts à l'arrivée plutôt que de verser le capital concerné sur un contrat d'assurance vie fiscalement bien plus intéressant cf. plus bas).


Toute la subtilité du dispositif repose dans la fiscalité à la sortie :

Les versements volontaires sur un PER individuel ou collectif déduits du revenu imposable à l’entrée sont soumis à l’impôt à la sortie.


Lors d’une sortie en rente, qui est finalement le modèle le plus "retraite semblable", la rente est assujettie à l’impôt sur le revenu suivant le régime fiscal des rentes viagères à titre gratuit. C’est-à-dire que la rente est taxée suivant le barème progressif de l’impôt sur le revenu, et ce après un abattement de 10 % dans la limite de 4 114 euros.


Lors d’une sortie en capital, les plus-values sont assujetties au prélèvement forfaitaire unique (PFU) au taux de 30%, dont 17,2% de prélèvements sociaux.

Le capital quant à lui est taxé au barème progressif de l’impôt sur le revenu.


Traduction : la fiscalité des plus-values est au mieux celle d'un contrat d'assurance vie; au mieux, car via un contrat d'assurance vie de plus de 8 ans, vous bénéficiez d'un abattement de 4600€ par an pour une personne seule, de 9200€ pour un couple.


Bien sûr le législateur a prévu le cas des contribuables prévenants qui ne souhaiteraient donc pas se tirer une balle dans le pied à la sortie.


Il est tout à fait possible de ne pas déduire de votre revenu imposable les versements faits à l'entrée. Même si ça n'arrange pas l'argument principal de notre ami le banquier.


Rions quand même un peu avec ce qu'a prévu le législateur dans ce cas de figure :

  • En cas de sortie en capital, si vous n'avez pas choisi de déduire de votre revenu imposable les versements faits à l'entrée, vous ne serez taxés "que" sur les plus-values - encore heureux me direz-vous - via le prélèvement de la fameuse flat tax à 30%. Sans abattement comme dans le cadre de l'assurance vie.

Et vous aurez donc bloqué les sommes concernées jusqu'à votre départ à la retraite...


Ne cherchez pas à comprendre l'intérêt de ce scénario, il n'y en a sûrement pas.

  • En cas de sortie en rente, on touche au sublime. La rente est assujettie à l’impôt sur le revenu suivant le régime des rentes viagères à titre onéreux. C’est-à-dire que la rente n’est pas taxée en totalité. La partie soumise à l’impôt est fonction de l’âge du rentier à savoir :

  1. Pour un bénéficiaire de moins de 50 ans, 70% de la rente est imposable

  2. Pour un bénéficiaire entre 50 et 59 ans, 50% de la rente est imposable

  3. Pour un bénéficiaire entre 60 et 69 ans, 40% de la rente est imposable

  4. Pour un bénéficiaire de plus de 69 ans, 30% de la rente est imposable


Traduction : vous payez à nouveau de l'impôt sur le revenu sur des sommes pour lesquelles vous avez déjà payé de l'impôt. Bien évidemment, on ne manquera pas de se voir précisé que l'assiette d'imposition est calculée de telle sorte qu'elle tienne compte de votre espérance de vie (et donc du capital que vous pouvez espérer récupérer), des plus-values potentiellement générées par ce capital (sans connaître la typologie de produits choisis, c'est amusant) pour vous soutenir que le dispositif ne devrait taxer que ces dites plus values. Croyez-le si vous voulez ...


Oui mais concrètement ? ça dit quoi en chiffres ?


Prenons le cas de Laurent et Stéphanie,


mariés 2 enfants, 45 ans tous les 2, cadres sur des emplois stables et avec une progression prévisible et très modérée de leurs revenus d'ici leur retraite.


Ils gagnent à eux 2, 120 000€ de revenus nets imposables, ce qui les conduit à s'acquitter de 20 100€ d'IR, dans la tranche marginale de 30% ;

à la retraite, la projection les amène à 80 000€ de retraite, 12 000 € d'IR (ils ont perdu les 1/2 parts des enfants), les positionnant là aussi à un taux marginal de 30% .


Sur les conseils de son conseiller bancaire, Laurent souhaite placer 10 000€ dans un PERi. L'idée est séduisante il va déduire la somme de son revenu imposable, son IR va passer à 17 900€ soit 2 200€ d'économies.


En 2041, Laurent et Stéphanie devront choisir de récupérer cette somme, soit en une seule fois, soit en rente viagère.


En une seule fois la somme abattue de 10% viendra gonfler les revenus imposables à 89 000€. L'IR grimpera alors à 14 700€, soit +2700€;


Laurent et Stéphanie prévoient donc de bloquer 10 000€ pendant 20 ans pour perdre 500€ ...


Reste donc la solution de la rente viagère. A partir d'un capital constitutif de 10 000€, un homme né en 1976 percevra en 2041 une rente annuelle de 390€, avec 10 annuités garanties et une réversion à 100%.

Laurent et Stéphanie auront récupéré leur mise au bout de 26 ans, soit au jour de leur 91 ans ... Rappelons que l'espérance de vie est de 86 ans pour une femme et 80 pour un homme.

La rente elle ne sera taxée que de 27% (30% moins l'abattement de 10%), un scénario qui procure donc sur les quelques années restant à vivre à nos amis une exceptionnelle économie d'impôts de 11,7€/an. Probablement le juste prix pour les inciter à déshériter leurs ayants doits ?


Ces calculs ont été fait sur une hypothèse de sortie à iso-capital. On peut bien évidemment espérer une revalorisation de celui-ci. Le désavantage fiscal par rapport à l'assurance vie sur la plus value a déjà été démontré, il sera au mieux neutre dans le cas d'une sortie en rente (modélisable dans le cadre d'une assurance vie) et qui, sauf longévité exceptionnelle vous verra léser vos ayants droits au profit de la banque !


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Avant de foncer tête baissée et plein d'enthousiasme dans la proposition alléchante de notre ami banquier ... pour prendre in fine le bouillon, il conviendra donc de (lui) poser quelques bonnes questions :

  • quelle est ma tranche marginale d'imposition aujourd'hui et quelle devrait être ma tranche d'imposition à la retraite ?

  • quel plan de sortie dois-je envisager ?

  • est-ce je ne dispose pas déjà d'un PERO via mon entreprise, et est-ce que je déduis déjà bien ce que j'ai à déduire (j'en connais qu'on a "éclairé" sur le sujet ...)

  • bref, est-ce que je n'ai pas mieux à faire ? Comme appeler mon conseiller ABYL Patrimoine ...



*On distingue deux formules de calcul du plafond d’épargne retraite. Celles-ci se basent sur le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) qui est fixé tous les ans au 1er janvier. L’administration fiscale retient la formule la plus favorable. S’il n’y a pas de revenus professionnels, ce sont les 10% du PASS de l’année N-1 qui sont choisis. Cela est applicable aux étudiants, aux demandeurs d’emploi et aux retraités. Pour ainsi dire, le plafond d’épargne retraite correspond à :

– 10% du PASS de l’année N-1 (l’année précédente)

– 10% des revenus professionnels de l’année précédente dans la limite de 8 fois le PASS de l’année N-1

Si vous avez un PER individuel, notez que l’administration fiscale retiendra le montant qui vous est favorable entre deux opérations, notamment 10% du plafond annuel de Sécurité sociale ou PASS, et 10% des revenus imposables. Si vous êtes détenteur d’un plan d’épargne retraite d’entreprise, sachez que le calcul du plafond de déduction se base seulement sur les versements volontaires. Les versements effectués par l’employeur et les versements obligatoires sont exonérés du paiement de l’impôt sur le revenu (dans la limite d’un certain plafond également).




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